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samedi 19 mai 2012
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Non à la disparition des chrétiens d'Irak.
Le Sénateur Bernard Cazeau est intervenu au colloque organisé sur les Chrétiens d'Irak au Sénat, le samedi 26 février 2010, à la salle Clemenceau.
Les récentes attaques contre la communauté chrétienne à Bagdad, en octobre 2010, et copte à Alexandrie en Egypte, l'assassinat au Pakistan du gouverneur du Punjab, Salman Taaser, un défenseur de la laïcité et de la démocratie, ne sont que les dernières manifestations de la guerre que les fondamentalistes mènent contre tous ceux, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, qui ne partagent pas leur lecture intégriste et intolérante du monde.
Les attentats commis contre la communauté chrétienne ne sont pas acceptables, non seulement pour l’équilibre de l’Irak lui-même, mais pour l’équilibre de nos relations. Les auteurs de ces attentats croyaient renforcer leur foi : elle n’est que plus affaiblie. Les victimes n’étaient pas seulement syriaques, maronites ou coptes, elles étaient les victimes de la liberté de conscience.
Personne ne peut accepter que l’on massacre un être humain pour ce qu’il est ou pour ce qu’il croit. S’en prendre à une vie innocente, c’est s’en prendre à l’humanité toute entière. Et aucune religion ne l’autorise. Hélas, dans toutes les religions, il y a les égarés, farouchement barricadés dans leurs citadelles dogmatiques, et les croyants, assez affermis dans leur foi pour être capables de partage et d’échange.
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conférence internationale organisée par
l'Institut Kurde de Paris
Le sort des Chrétiens en Irak : Problèmes et Perspectives
Samedi 26 février 2011 (salle Clemenceau)
Intervention de Monsieur Bernard Cazeau
Monsieur le Ministre,
Messieurs les Évêques,
Monsieur le Directeur,
Mesdames,
Messieurs,
Le Sénat est très heureux de vous accueillir aujourd'hui dans le cadre de ce colloque consacré à la situation des Chrétiens d'Irak. Je remercie Monsieur Kendal Nezan, Président de l'Institut Kurde de Paris, d'avoir organisé cette rencontre.
En ma qualité de Président du groupe d'amitié sénatorial du groupe France-Irak, j'ai toujours été sensible à la préservation de la vie et de la liberté de religion au Moyen-Orient. A plusieurs occasions, j'ai condamné énergiquement l' épouvantable violence faite sur leurs minorités religieuses et plaider de leurs protections.
Mgr Emile, évêque de Mossoul, et le Père Nejib Mikaël, supérieur des Pères dominicains de Bagdad, participeront à ce colloque. Ces deux responsables religieux sont engagés localement auprès des Chrétiens d’Irak et de la région.
MFalah Mustafa, Ministre des relations extérieurs du Gouvernement régional du Kurdistan et Docteur Fuad Hussein, Directeur de cabinet du Président du Gouvernement régional du Kurdistan présenteront des actions concrètes devant être mises en œuvre pour promouvoir la tolérance et les droits des communautés chrétiennes.
Enfin, nous saluons la présence de Monsieur Ephrem Isa Yousif et Monsieur l'Abbé Pascal Gollnisch, connaisseurs du phénomène antichrétien croissant participeront également.
Toutefois, avant de céder la parole aux intervenants, j'aimerai émettre deux remarques, à mes yeux essentielles sur le thème du colloque :
Les chrétiens d'Irak, une communauté ancienne, diverse et engagée
La première caractéristique des Chrétiens d’Irak est qu’ils sont les héritiers d’une implantation religieuse très ancienne, antérieure à la naissance de l’islam au VIIe siècle.
Rappelons ainsi à ceux qui voudraient ignorer l'Histoire que les chrétiens ne sont pas en Orient des «intrus», mais qu'ils prient en araméen, la langue du Christ, le premier dialecte connu au moyen-orient. Le christianisme en Irak n'est nullement donc un corps étranger mais partie prenante de son identité. Comme au Liban, en Égypte, en Syrie ou en Palestine.
Deuxième caractéristique qui vaut également pour la quasi-totalité des membres des églises chrétiennes d’Irak : les communautés chrétiennes sont autochtones puisqu’elles sont quasi-exclusivement composées de personnes nées en Irak. Elles se caractérisent ensuite par des traits généraux, mais surtout par une grande diversité, puisqu’il ne faut compter pas moins de douze dénominations.
Enfin, aux divisions historiques s’ajoute souvent une dispersion géographique, l’implantation de chaque église chrétienne s’inscrivant dans des espaces différenciés. En effet, les Chrétiens se trouvent répartis du Nord, des frontières avec la Turquie et l’Arménie, à la région de Bassora, au Sud, en passant par Mossoul et Bagdad.
Troisième caractéristique, le rôle des chrétiens dans l'émancipation du monde arabe. Les chrétiens étaient tolérés jadis depuis plus de mille ans, mais avec un statut de citoyens de seconde zone : celui de dhimmis, ou protégés des religions du Livre. Ils payaient un impôt spécifique et devaient porter des signes vestimentaires distinctifs.
A partir du siècle dernier, les chrétiens d'Irak vont jouer un rôle considérable dans l'émancipation des droitset des libertés. Certains ont joué un rôle important parmi les précurseurs du nationalisme arabe irakien. Beaucoup d'entre eux, représentants syndicaux, intellectuels ou hommes politiques, ont ainsi militer en faveur d'un Etat indépendant,démocratique, laïc, social et ouvert sur le monde. En dépit de leurs combats acharnés en faveur de la cause arabe, force est de constater que les Chrétiens d'Irak ont été exclus de la vie politique depuis l'indépendance. Seul l'investissement dans la sphère économique leur fusse permise.
Quel avenir pour les Chrétiens d'Irak.
Etat des lieux. En 1920, les autorités britanniques réalisèrent un recensement de la composition religieuse de la population Irakienne. Les chrétiens y représentaient 20%. En 1980, un million de fidèles y demeurèrent encore. Ils sont aujourd'hui 500 000. On estime la communauté irakienne dans le monde à plus de 2 millions à l’étranger : 50 % à Amérique du Nord, 20 % en Scandinavie et 15 % en Allemagne.
Depuis l’invasion américaine, 750 chrétiens ont été tués. Dans un pays basé sur l'arbitrage des communautés, les plus nombreux, comme les Kurdes, les chiites ou les sunnites, obtiennent automatiquement plus de pouvoir politique. La communauté chrétienne, elle, ne compte qu'un seul ministre (l’environnement : Sargoun Lazar SLAYWA) dans le nouveau gouvernement. En situation de faiblesse depuis la guerre, ses conditions de vie se sont détériorées. 250 000 ont quitté le pays, d’autres ont migré vers le Nord.
En effet, alors que le Kurdistan irakien comptait jusqu'en 2003 environ 30 000 chrétiens, ce chiffre aurait triplé en sept ans, si bien qu'aujourd'hui ils seraient près de 100 000 chaldéens (catholiques) et syriens -catholiques à vivre dans l'un des trois gouvernorats du gouvernement autonome du Kurdistan : celui d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien ; de Dohouk au nord ; de Souleimaniya au sud. Chaque mois, de nouvelles familles ayant fui Bagdad ou Mossoul viennent s'installer ici.
Quelles perspectives ? A titre personnel, je suis farouchement hostile à tout exode des chrétiens d'Irak. Et ce pour plusieurs raisons : la première réside dans leur ancrage millénaire sur ce territoire. Leurs départs constitueraient un drame culturel catastrophique. Ensuite, leurs compétences humaines (ingénieurs, médecins, commerçants) sont irremplaçables pour le renouveau de l'Irak.
Pour ma part, je pense qu'il faut continuer à promouvoir énergiquement le dialogue et le respect mutuel entre les communautés, notamment en développant des programmes d’éducation et en distribuant des supports d’information qui traitent des stéréotypes et des préjugés antichrétiens.
Tout doit être entrepris pour protéger les personnes et les biens des chrétiens en Irak, en punissant sévèrement les coupables des attentas. Car derrière ces actions criminelles se cachent en réalité une atteinte à un des piliers de la jeune démocratie irakienne, celle du multiculturalisme.
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