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Je ne l’ai donc naturellement pas accepté. Comme plusieurs de mes collègues, nous avons estimé inacceptable que la majorité actuelle au Sénat est décidée dans des conditions contestables d’une telle mesure alors que celle-ci impose à nos concitoyens une dure austérité et une importante restriction du pouvoir d’achat. Elle a été supprimée à notre grande satisfaction.
Pour autant, il m’apparait détestable, à la suite de cette polémique, de présenter les parlementaires comme des personnes coupées de leurs électeurs, alors même qu'ils sont quotidiennement ceux qui se trouvent le plus en contact aveceux, via des sollicitations régulières, des inaugurations journalières et des discussions au sein de réunions de communes.
Pis, certains n’ont d’ailleurs pas hésité à mettre en scène des enquêtes sondagières accablant collectivement l’ensemble du personnel politique. En réalité, l'immense majorité des membres n'a heureusement rien à se reprocher. En cela, la violence de cette polémique escamote l'importance de l'enjeu. A force d'outrances et d'injures, de calomnies et de mauvaise foi envers les parlementaires, on perd de vue l'essentiel : la démagogie gagne chaque année du terrain. « Les démocraties meurent du rire et du mépris des citoyens pour leurs dirigeants », soulignait Hannah Arendt dans son ouvrage « Vies politiques ».
Or, à force de stigmatiser les élus du peuple, ces derniers, en quasi-majorité bénévole, éprouvent un sentiment de malaise. Depuis plusieurs années, on assiste ainsi au développement de démissions chez les uns ou au refus de continuer pour les autres. A cet égard, l'attitude des petits maires en particulier, sur de nombreux points, rejoint celle des citoyens repliés sur la sphère privée. Elle laisse la place à la bureaucratie et aux forces du marché. Voilà où peut nous conduire l’amalgame.
Demeurant à votre disposition,
Je vous prie de croire, Madame, à l’expression de mes salutations distinguées.
Bernard CAZEAU
Sénateur de la Dordogne |