Dans le cadre de la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat Français et d'hommage aux justes de France, le Sénateur de Dordogne Bernard CAZEAU participait à la commémoration officielle devant la "pierre éducative", place du général Leclerc à Périgueux.
Commémoration officielle devant la « Pierre éducative »
Lundi 18 juillet – 11 h 30
Allocution de Bernard CAZEAU Monsieur le Préfet,
Messieurs les représentants des cultes,
Mesdames, messieurs les élus,
Chers amis strasbourgeois,
Mesdames et messieurs,Aujourd’hui, la Dordogne se souvient.La commémoration de la « journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français » est l’occasion de penser à aujourd’hui et à demain.
Pourquoi commémorer aujourd’hui les atrocités commises hier ? A l’évidence pour éradiquer les tentations racistes et antisémites qui caractérisent la France d’aujourd’hui.La France a trop été rongée par le mal du racisme et de l’intolérance au cours de son histoire pour verser aujourd’hui dans la complaisance. La vieille Europe - dont l’histoire est tout autant celle du racisme que de l’universalisme – a trop propagé la haine au cours des siècles passés pour prendre de le risque négliger ou reléguer l’impératif antiraciste. Il n’y aura d’ailleurs point de conscience humaniste européenne sans une lucidité complète sur la passé de notre civilisation. Profanations, agressions, insultes. La haine mortifère du juif n’est pas morte.
Un antisémitisme distingué et moderne tente même de faire irruption dans l’opinion publique française, celui qui tend à faire de chaque juif le dépositaire de la politique d’Israël. Cette thèse là, je le dis tout net, est tout simplement raciste car elle équivaut à postuler un comportement ou une préférence sur la base d’un critère identitaire. Pour moi, pour nous, aujourd’hui, il ne s’agit plus d’expliquer mais de combattre.Les blessures du moyen orient ne doivent jamais occulter la lutte contre l’antisémitisme, dans un pays comme le nôtre qui, concernant le sort fait aux juifs, s’est toujours trouvé de parfaits prétextes à divers moments de son histoire. Rappelons aujourd’hui avec fermeté que l’antiracisme est sans condition ! Il n’a pas à être relativisé au regard d’une situation internationale donnée. Faire cela, c’est se voiler la face, c’est commencer à tolérer l’intolérable, parfois sans s’en apercevoir, de bonne foi. Devant la pierre éducative, l’heure est au recueillement et aux interrogations.
La pierre, symbole de la solidité d’une nation, expression d’une conscience ferme, nous rappelle la nécessité d’être durs et déterminés dans le combat contre les pensées anti-humanistes et les forces totalitaires. L’éducation, symbole d’un avenir meilleur, de la confiance d’une civilisation dans le progrès, doit être l’outil déterminant de la lutte contre les préjugés et les sentiments écervelés.
Une question lancinante nous taraude tous : comment faire admettre, faire comprendre et transmettre l’inhumanité du passé aux jeunes générations ? Comment les protéger de façon définitive des pires excès que l’esprit humain a pu engendré ? Souvenons-nous que l’Homme, au Xxème siècle, a pensé, théorisé, formalisé et mis en œuvre la négation de l’humanité elle-même. Toutes les complicités ont permis à ce projet d’écrasement de l’humanité de voir le jour. L’Allemagne ne saurait être seule en cause, c’est l’adhésion européenne, transnationale, et en toute lucidité française, aux principes nazis qui a permis la solution finale à l’échelle que nous avons connu.Comment faire accepter aux jeunes générations la dimension implicite d’une critique radicale du projet nazi ? Le nazisme, l’idée politique que la race détermine la dignité de chaque être, n’est pas un hasard. Il est le produit de notre civilisation occidentale et indissociable de celle-ci, au même titre que les idées progressistes et universalistes. Le nazisme et ses déclinaisons politiques sont ainsi notre lourd héritage. Il convient de l’aborder lucidement et sans complaisance Cette idée que les hommes n’ont pas la même essence, qu’ils peuvent être hiérarchisés selon leur biologie, est à combattre absolument. La théorisation de l’inégalité raciale a conduit à la formation d’un système d’extermination de masse. « Les idées exercent leur ascendant sur les âmes » nous rappelait Hegel. C’est donc bien sur le terrain des idées qu’il nous faut combattre sans relâche !
Il nous faut continuellement nous opposer à cette facilité de pensée qu’est le racisme. Quoi de plus explicable, quoi de plus humain, après tout, que de projeter sur l’Autre l’ensemble de ses difficultés ? Quoi de plus naturel que de se rehausser en dénigrant Autrui ? Le danger du racisme est bien là : le racisme est une idée simple, qui condamne la différence ; l’antiracisme une idée complexe, car elle cherche ce qui peut exister de commun entre des individus différents. Un immense travail de pédagogie est donc à fournir. La France a je crois besoin de promouvoir une éducation civique antiraciste toujours plus poussée. La société civile, les institutions républicaines et, avec leurs particularités, les cultes, doivent y concourir. Nous le savons depuis J.J. Rousseau, l’éducation doit aussi donner à l’homme les principes de son devoir moral. Enseignons donc les faits, mais aussi les idées !Ne pas excuser, ne pas tolérer l’indéfendable, tel est notre première tâche. Enseigner les leçons du passé et les juger, tel est notre devoir.Je vous remercie. |