|
Madame Christine Ducos, Madame la Secrétaire de la section retraite de la CGT La Poste,
J’ai bien reçu votre courrier du 3 avril 2006 et je vous remercie de m’avoir informé sur les préoccupations des retraités périgourdins de La Poste concernant la diminution de leurs pouvoirs d’achat, préoccupations auxquelles je reste très attentif.
En effet, le gouvernement conduit depuis plus de quatre ans une politique qui créée du chômage, de l’exclusion, de la précarité, et qui ne renforce que le pouvoir d’achat des plus aisés des Français. Elle baisse littéralement les seuls impôts justes parce que progressifs (impôt sur le revenu), et augmente les prélèvements et les taxes proportionnelles ou forfaitaires, qui touchent principalement le Français moyen, ceux-là mêmes qui consomment les trois quarts de ce qu’il gagnent. Parmi eux, les retraités sont les premiers concernés.
A cet égard, la réforme des retraites apporte chaque jour son lot de déceptions, particulièrement pour les agents su secteur public, dont les nombreux témoignages confirment les réserves et l'opposition que nous avions exprimées lors des débats parlementaires. Ainsi, la pérennisation de l'indexation des pensions sur l'évolution des prix, décidée lors de loi de juin 2003 a consacré la perte du pouvoir d'achat de ces retraités. Les dispositions, à l'oeuvre depuis 1993, ont laminé le pouvoir d'achat des pensions, au premier rang desquelles figurent aujourd’hui les employés du secteur privé. Demain,ceux du secteur public.
Un autre choix était pourtant possible. Sur ces trente dernières années, la croissance a permis de financer largement la montée en charge de notre système de retraites, et de faire face à un besoin accru de financement comparable à deux points de PIB. Cela n'a pas empêché la France de voir son économie progresser ni de maintenir son niveau de vie et sa place dans le peloton de tête des pays riches. La situation sur le front de l'emploi représente, quant à elle, la principale variable qui nous assure, si nous nous en donnons réellement les moyens, des marges de manoeuvre importantes face à cette échéance.
Ainsi, pour moi, la question de politique de l'emploi est indissociable de celle des retraites. Il serait vain de s'interroger sur l'évolution des conditions d'âge au départ à la retraite ou sur la durée d'activité sans considérer que, dans le secteur privé, plus d'une personne sur deux est aujourd'hui inactive avant l'ouverture de ses droits à pension. Pour un salarié, qu'il soit du secteur public ou privé, un allongement de sa durée de cotisation à quarante-trois ans l'obligera inévitablement soit à différer son départ à la retraite, soit à voir le montant de sa pension réduit.
En prolongeant la durée de cotisation de manière unilatérale, sans véritable concertation ni même négociation, le gouvernement a ignoré la difficulté éprouvée par les plus jeunes pour accéder à un premier emploi ou bien encore pour les chômeurs âgés leurs peines à retrouver une activité rémunérée.
Face à une confiance des Français toujours en berne, le gouvernement a annoncé pour les mois qui viennent, en-dehors de quelques gadgets, une amplification de la politique qui produit ces sombres résultats. Sourd aux messages pourtant clairement envoyés par les citoyens lors de la mobilisation contre le CPE, le gouvernement préfère baisser la tête et continuer sur sa désastreuse lancée.
Première victime de cette politique de Gribouille : les retraités. Quelque 68 % des Français estiment que le pouvoir d'achat des retraités va se détériorer dans les cinq années à venir, une opinion partagée par 75 % des personnes déjà à la retraite, selon un sondage Sofres publié en janvier 2006. 81 % des Français estiment qu'ils vivront "moins bien" lorsqu'ils seront à la retraite. Une opinion là encore partagée par les retraités qui, pour 61 % d'entre eux, pensent qu'ils vivent mieux que ceux qui seront à la retraite "dans dix ou vingt ans".
Je suis bien conscient de la dégradation des conditions de vie des retraités périgourdins de La Poste. Ce constat est d'autant plus inacceptable que le gouvernement a fait le choix de l’indifférence face à la paupérisation des inactifs retirés, préférant favoriser les privilégiés et précariser l’ensemble des travailleurs. Nous ne partageons pas cette conception d'une société qui accroît les disparités entre les hommes et les couches sociales. Il est inacceptable que, demain, en fin de carrière, après avoir travaillé durement, des millions d’hommes puissent se retrouver tout près du seuil de pauvreté.
Demeurant à votre disposition,
Je vous prie de croire, Madame la Secrétaire, à l’expression de mes salutations distinguées.
Bernard CAZEAU
Sénateur de Dordogne
|