Monsieur Eric Foussard,
J’ai bien reçu votre courrier du 24 mars 2005 et je vous remercie de m’avoir fait part de votre opinion concernant l’action menée par Monsieur le Parlementaire Jean Lassalle, opinion à laquelle je reste très attentif. En effet, à l'Assemblée nationale, ce député de la 4èmecirconscription du département Pyrénées-Atlantiques avait mené, durant un mois, une grève de la faim pour protester contre un redéploiement d’activité de l’entreprise Toyal Europe.
Dissocions d’abord les faits des fantasmes. En automne 2005, cette société a annoncé publiquement sa volonté d’acquérir un terrain de 25 000 m2, appartenant au Groupe TOTAL, sur le site industriel « Induslacq » à Lacq. L’objectif de cette opération est de développer la capacité de broyage de l’usine d’Accous avec des investissements de l’ordre de 6 millions d’euros et la création dans une première étape de 5 à 10 emplois.
Cette augmentation de capacité, nécessitant l’utilisation de solvants en grande quantité, avait néanmoins pour conséquence d’entraîner une élévation considérable du risque environnemental. Ce danger semble avoir motivé la Société Toyal Europe à ne pas réaliser cette extension sur le site d’Accous/Lescun, compte tenu des menaces éventuelles pour la vallée.
Pour mon collègue du département Pyrénées-Atlantiques, Monsieur le Député David Habib, les craintes éventuelles d’un transfert des activités d’Accous vers Lacq sont surévaluées car les coûts inhérents rendraient cette opération économiquement impossible. Au contraire, ces engagements semblent constituer un signe fort du Groupe Toyal de ne pas délocaliser de manière rampante ses activités d’Accous vers Lacq.
Don Quichotte pour certains, il est un héros démocratique pour d'autres. Par son geste, le Député Jean Lassalle répond de la pire manière à une vraie question : comment les dirigeants politiques doivent-ils empêcher les délocalisations ? Sur ce point, Il est dommageable que le procédé utilisé ici se conjugue à de l’agit-prop, propre à attirer à tout prix les médias, accréditant ainsi auprès de l’opinion publique l’idée si facile de l’impuissance absolue des élus de la nation face à ce type de phénomène.
Ce geste est d’autant dramatique que personne ne peut douter de la sincérité des motivations du parlementaire de la 4èmecirconscription du département Pyrénées-Atlantiques.A cet égard, je peux comprendre les raisons d’une telle colère. La mondialisation des échanges, l'intensification de la concurrence, les phénomènes de délocalisation vers des pays à bas coûts de main-d'œuvre, tout ceci entraîne des risques financiers et de désindustrialisation, générant ainsi des inégalités et des injustices insupportables.
L'émergence dans les pays asiatiques de salariés aussi qualifiés mais moins bien payés atteste désormais de la pertinence de cette nouvelle donne qui touche l’ensemble des couches de la population active.Toutefois, faire des délocalisations la source de tous nos maux est excessif et relève souvent de la myopie.
Ainsi, si certaines activités traditionnelles peuvent être confrontées, chez nous comme dans toute la France, à des situations difficiles, il faut savoir que ces mutations économiques apportent aussi, dans d’autres métiers et avec d’autres techniques, des projets qui sont générateurs d’emplois et de richesses pour l’économie locale (les usines de papeterie de Condat-Le-Lardin, les entreprises Martine Spécialités à Condat-sur-Trincou et Carnaud/MetalBox à Périgueux).
Dans tous ces exemples cités ici, la politique d’aide à la création de l’activité en Dordogne que je mène depuis une dizaine d’années en tant que Président du Conseil Général a été décisive, démontrant le rôle mobilisateur de la volonté politique en ce domaine.
Demeurant à votre disposition,Je vous prie de croire, Monsieur, à l’expression de mes salutations distinguées.
Bernard CAZEAU
Sénateur de Dordogne
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