|
Monsieur Michel Brunet, (Radio Valée de l’Isle)
J’ai bien reçu votre courrier du 28 septembre 2006 et je vous remercie de m’avoir fait part de votre opinion sur le fonds de soutien à l’expression radiographique prévu pour le budget de l’année 2007. J’ai pris connaissance avec un très grand intérêt de vos explications détaillées et de vos remarques relatives aux rôles des radios libres dans la démocratie.
Avec, presque par définition, des finances toujours sur le fil, les radios libres attendent avec appréhension cette année ce qu'il adviendra du fonds de soutien à l'expression radiophonique. C’est sur ce fonds que repose la plupart du temps leurs budgets. Né en 1982 à la suite de la reconnaissance des radios libres, l’Etat verse annuellement une subvention à celles-ci, alimentée à leur corps défendant par les régies des radios et télévisions commerciales.
A l'heure où les groupes de l'audiovisuel et des médias se regroupent et se concentrent de plus en plus, l'offre culturelle tend à répondre à la loi du format et à s'homogénéiser. En matière radiophonique, ce mouvement de fonds s'opère au détriment de la diversité musicale, la seule à même de permettre aux artistes indépendants de vivre, de faire lancer de nouveaux talents et de faire émerger les sensibilités de l'époque.
Par ailleurs, à l’approche des futures élections, le gouvernement attend mettre au pas les quelque 600 radios associatives de France, réparties sur tout le territoire. A leurs libertés de ton, certains préconisent la marchandisation totale des ondes radiophoniques comme objectif ultime de l’audiovisuel.
La pertinence et la pluralité des opinions sur la bande FM sont pourtant plébiscitées par les auditeurs qui sont toujours plus nombreux à préférer ces radios. Cette année ils sont 9,5 millions à les écouter chaque jour, soit une progression de près de 40 % depuis 2000. Les radios indépendantes recueillent ainsi l'essentiel de l'audience des programmes locaux. Ces radios, qui parviennent à employer 2000 salariés dont 200 journalistes, reposent sur un modèle économique fragile.
Cela n’est donc pas toujours évident. Elles doivent faire face au faible nombre de fréquences dont elles disposent en regard de leur niveau d'audience. D’autre part, les radios indépendantes sont confrontées aux difficultés à attirer les annonceurs en raison du petit nombre d'auditeurs que touche chaque radio locale.
Malgré des spécificités de fonctionnement et une vision du monde propre à chacune, toutes sont liées par quelques constantes : pas de pub ou quasi (peu rentables pour les annonceurs, elles ne peuvent de toute façon pas tirer plus de 20 % de leur budget de revenus commerciaux). Elles sont des repaires de bénévoles qui reflètent des diversités locales de façon souvent plus fidèles que ne le font les médias commerciaux. Elles font de la « communication sociale de proximité », pour reprendre l'expression consacrée. Et c'est à ce titre qu'elles sollicitent des subventions publiques. Sans celles-ci, elles n’existeraient plus.
Les Sénateurs socialistes sont bien conscients que le fonds de soutien à l’expression radiophonique pour l’année 2007 consacré aux radios indépendantes n'est pas à la hauteur des attentes, d'autant plus qu'il consacre un fort repli du soutien de l'Etat en ce domaine. Plusieurs parlementaires ont demandé au gouvernement de bien vouloir préciser sa politique en matière de soutien aux radios indépendantes et de promotion de la diversité dans le paysage radiophonique.
Demeurant à votre disposition,
Je vous prie de croire, Monsieur, à l’expression de mes salutations distinguées.
Bernard CAZEAU
Sénateur de Dordogne
|