Certes, la France, forte de 11,3 % du vignoble mondial, court en tête des pays producteurs et exportateurs devant l’Espagne et l’Italie. Cependant l’heure n’est plus à l’autosatisfaction et le mot « crise » flotte sur la filière viticole… Le vin est-il réellement dans la tourmente ?
Aujourd’hui, la France doit faire face, sur les marchés d’exportation, à l’irruption et à la concurrence de plus en plus vive de nouveaux pays producteurs comme l’Argentine, le Chili, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis. Ce « Nouveau Monde » représente désormais 16 % des surfaces en vignes (alors qu’il n’en représentait que 8 % il y a 15 ans). Des conditions climatiques propices, des charges sociales allégées, des réglementations moins sévères en maints domaines, des produits charmeurs, bref, autant d’atouts qui servent ces compétiteurs et les échanges mondiaux des vins au détriment de l’Europe, donc de la France, et de nos « pays de vin ».
Autre source d’inquiétude, la mauvaise passe traversées par les vins d’appellation d’origine contrôlée issus notamment des principales régions productrices. Chaque année ce secteur enfle d’un peu plus de 4 % par an, entraînant des problèmes de surproduction, souvent synonyme de chute des prix.
Un souci ne venant jamais seul, le principe même de l’AOC semble être sur la sellette : créé en 1935, ce système qui devait pourtant permettre de définir officiellement ce qu’était un vrai vin, s’est un peu emballé. Aujourd’hui on en est arrivé à différencier 450 AOC et 140 vins de pays. En Dordogne, le Bergeracois représente 3 % des AOC françaises et 9 % des AOC d’Aquitaine.
Toutes ces appellations sont à la base de plusieurs dizaines de milliers d’étiquettes : un imbroglio qui certes ravit les connaisseurs mais déboussole le consommateur qu’il soit français ou étranger.
Mais rien ne vaut en somme quelques contrariétés – tant sur le marché intérieur que sur les exportations, pour sonner l’heure de la reconquête. Tout d’abord réfléchir à la manière de réformer les AOC. Reconstruire l’offre en la simplifiant, tout en conservant des stratégies commerciales qui font encore appel au temps, à l’espace et au terroir. C’est pourquoi le travail de segmentation en Dordogne se poursuit pour aboutir à une offre à quatre niveaux, avec les appellations de terroir, les AOC génériques, les vins de pays de Dordogne et les vins de Pays de l’Atlantique.
Ne pas jouer la carte du monocépage, ne pas façonner des breuvages « technologiques » répondant aux préférences de tel ou tel marché intérieur ou extérieur. Le récent film « Mondovino » de Jonathan Nossiter a bien pointé du doigt ce sujet (étiolement de la diversité des cépages, rationalisation et uniformisation du goût du vin).
Le vin français ne doit pas rogner ses principes et perdre, in fine, son âme. Les vignerons doivent, ici en Dordogne comme ailleurs, retrousser leurs manches pour continuer de faire un vin comme autrefois, respectueux des contraintes du terroir. C’est tout du moins dans cet esprit que s’engage la Filière viticole en Dordogne et les différents partenaires qui travaillent à leurs côtés, qu’il s’agisse de la Chambre d’Agriculture ou du Conseil général de Dordogne.