Il l’a fait avec l’aval du Gouvernement représenté par Monsieur Xavier Bertrand.
Il s’agissait selon les auteurs de cette modification d’éviter que les personnes de 65 ans souhaitant travailler plus longtemps ne soient discriminées.
Louable intention : on modifie l’âge plafond sans toucher l’âge légal. On invite à cotiser plus sans y obliger. « Le travailler plus pour gagner plus » ressuscité après quelques mois de léthargie. L’idée est astucieuse. Mais elle cache mal la réalité des faits.
Personne n’est dupe d’une proposition qui vise à palier à la baisse des taux de remplacement par une augmentation brutale de la durée de cotisation.
On nous dira qu’il ne s’agit que d’un volontariat choisi et non subi. On nous dira qu’il s’agit d’une permission et non d’une obligation. Mais c’est faux, car dans les faits, pour obtenir une retraite décente, bien des salariés devront travailler plus longtemps.
C’est tout l’échec de la réforme Fillon, emportée par le recours massif aux débauches anticipées et aux préretraites qui fait de la France le pays d’Europe où les plus de 55 ans travaillent le moins ! En cela, la perspective d’un départ reporté à 70 ans est une provocation inutile.
Le Gouvernement ne tient déjà pas ses objectifs financiers avec une branche vieillesse de la sécurité sociale annoncée à 5 milliards d’€ de déficit en 2009, il pourrait avoir la décence de ne pas verser dans la surenchère gratuite.
Qui peut croire que les salariés décident eux-mêmes, selon leur bon vouloir, de leur date de départ en retraite ?
Le problème n’est pas l’allongement de la possibilité théorique d’activité, c’est de concrétiser la durée légale actuelle.
On allonge l’amplitude du temps de cotisation, on l’encourage par des surcotes, mais on ne fait rien contre un marché du travail qui tend à éjecter les gens passés 55 ans !
Le vrai sujet, c’est de parvenir à maintenir les gens dans l’emploi jusqu’à 60 ans. Car en France aujourd’hui, c’est à 58 ans et demi que l’on est mis en retraite, pas à 70 !
Or, pour avoir 41 ans de cotisations quand l’âge moyen de départ est à 58 ans, il faut avoir commencé à travailler à 17 ans, ce qui, vous en conviendrez, correspond plus à l’exception qu’à la règle, avec un chômage des moins de 24 ans à 22 %, avec des carrières en dents de scie, avec la récession qui frappe et le chômage qui repart à la hausse !
En faisant mine d’offrir la possibilité de cotiser plus longtemps, on se moque des cotisants.
C’est d’ailleurs ce qu’ont exprimé lundi dans le Parisien/Aujourd’hui en France, près de deux tiers des Français interrogés par l’institut CSA qui estiment que le recul de 65 à 70 ans de l’âge jusqu’auquel un salarié peut refuser d’être mis à la retraite d’office est "une mauvaise chose ».
Avec eux, Monsieur le Ministre, nous vous demandons de revenir sur l’amendement Jacquat et de nous préciser vos objectifs sur l’emploi des séniors et l’équilibre des retraites.